La "nébuleuse" de Sant'Amanza

La "nébuleuse" de Sant'Amanza
L'Air des Bouches

"La "Nébuleuse" de Sant'Amanza

Sant'Amanza deviendra-t-il un jour le grand port de l'Extrême-Sud que l'on rêve toujours de réaliser ?
A ce sujet, il nous revient un amusant "échange" qui eut lieu en 1986 entre le président de la Chambre de Commerce de l'époque (Edouard Cuttoli), lequel, répondant à notre question sur l'éventualité d'un port dans le golfe avait déclaré : "Le projet du port de Sant'Amanza est une nébuleuse, mais une nébuleuse, contrairement à ce que l'on croit, ça existe..."
Ce à quoi, le maire de l'époque, Xavier Serafino, qui avait le sens de la répartie avait répondu : "Sans doute, mais entre une nébuleuse et des étoiles, il peut s'écouler des milliards d'années lumière !"
Dix ans après,beaucoup estiment que le projet "tient toujours" même s'il doit être repoussé à un horizon plus lointain.
D'autres par contre y croient moins et certains pas du tout.
Pour ces derniers, la "nébuleuse" de Sant'Amanza devient de plus en plus opaque.
Au fait, opaque ou... à la Trinité ?

François CANONICI


Cet article est paru le 18 mars 1996. Il est encore d'actualité aujourd'hui...

# Posté le lundi 21 janvier 2008 10:59

Modifié le mardi 22 janvier 2008 03:07

BONIFACIO D'HIER A AUJOURD'HUI

BONIFACIO D'HIER A AUJOURD'HUI
TOUT SUR BONIFACIO
PASSE
TRADITIONS
ACTUALITE
ARTICLES DE PRESSE SUR BONIFACIO (PERIODE 1965 A 1997)
ANECDOTES
RECITS INEDITS
HUMEUR DU JOUR (QUAND C'EST NECESSAIRE)
TOUT CE QUI CONCERNE BONIFACIO : POURQUOI ? QUAND ? COMMENT ? OU ? (SI POSSIBLE)
REPONSES AUX QUESTIONS POSEES à François CANONICI Etc...

# Posté le mardi 22 janvier 2008 09:15

Modifié le mercredi 23 janvier 2008 09:40

Bagarre dans l'église Sainte Marie Majeure

Du sang dans l'église Sainte Marie Majeure

En fouillant dans les archives de l'Eglise on y trouve des choses intéressantes.Par exemple l'affaire de l'inhumation d'un curé qui tourna au drame...
Cela s'est passé en 1834. Le curé Luccioni, de l'ancien ordre de Saint Dominique, né à Bonifacio, fit appeler à son lit de mort les autorités locales dans le but de leur demander la faveur d'être enterré dans l'église Sainte Marie Majeure. La permission fut accordée. Mais, après la mort du curé, en application stricte de la loi qui prévoyait l'inhumation dans le cimetière Saint François (créé en 1828), les mêmes autorités se rétractèrent.
Cependant, les parents du défunt ne l'entendirent pas de cette oreille. Après la cérémonie funèbre, Il se forma deux camps. On en vint vite aux mains, on se battit à coups de poignards et , ô sacrilège ! le sang devait couler sur les dalles froides de l'église paroissiale ! Il y eut des blessés de part et d'autre et, dans la bousculade, le cercueil tomba à terre.
On finit tout de même par enterrer le défunt dans l'église.
Mais la loi était la loi et il fallait qu'elle soit respectée. Les élus municipaux prévinrent l'autorité de tutelle.
Quelques jours après, le préfet en personne arriva à Bonifacio où "La troupe était mise sur pied".
Les ordres étaient formels. On les exécuta sur le champ. Le corps du curé fut exhumé de l'église Sainte Marie Majeure et conduit... par une importante escorte de gendarmerie jusqu'au cimetière Saint François où il fut inhumé pour la seconde fois.
Mais, comme le sang avait coulé dans l'église Sainte Marie Majeure, celle-ci devait être fermée au culte durant trois mois. Les cérémonies avaient alors lieu en l'église Saint Jean-Baptiste.
Puis, avec le temps, les esprits se calmèrent.
Et le brave curé Luccioni put (enfin) reposer en paix.

# Posté le jeudi 24 janvier 2008 15:23

Modifié le vendredi 25 janvier 2008 02:08

Comment c'était Bonifacio avant ? (Première partie)

Comment c'était Bonifacio avant ? (Première partie)
La vie à Bonifacio...
(première partie)

... quand vos grands-parents étaient... des petits enfants

Première partie


Par François CANONICI

Il y a bien longtemps (mais cela ne date tout de même pas de la préhistoire), quand vos grands-pères et grands-mères étaient, comme vous, des enfants, la vie à Bonifacio, comme ailleurs, n'était pas celle que vous connaissez aujourd'hui.
Tout d'abord la télévision n'existait pas. Il n'y avait pas d'électricité et même pas d'eau courante dans les appartements.
Dans les rues, pas ou peu de voitures, quelques vélos...Le moyen de locomotion le plus utilisé était l'âne. En 1950 on en comptait plus de deux cents ! Il fallait voir, le soir venu, le long défilé de bourricots, rentrant en ville avec leur chargement de fruits, de légumes ou d'herbe fraîche par la grimpette St Roch.
A cette époque on pouvait voir des poules picorer dans les ruelles de la Toricella et même rue Longue et place Grandval. Le matin on entendait aux quatre coins de la ville, le braiment des ânes et le chant des coqs... comme à la campagne! Chose inimaginable aujourd'hui. Songez que presque toutes les belles boutiques de souvenirs ou de vêtements, les restaurants etc. étaient, il y a à peine une quarantaine d'années des écuries d'ânes (des "bitighi d'asi" en bonifacien).
C'était l'époque où il y avait beaucoup de mouches et même de puces. Heureusement que le service de désinfection passait de temps à autre!
Comment se déroulait la vie à en ce temps là dans notre bonne petite et vieille cité?
Nous allons essayer de vous l'expliquer.

Eclairage et chauffage

Lorsqu'il n'y avait pas encore "la fée électricité" que vous avez toujours connue, il fallait cependant s'éclairer. Pour cela, on se servait des lampes à pétrole et des lampes à huile. Vous avez certainement eu l'occasion d'en voir chez vos parents ou grands-parents. On les plaçait sur la table lors des repas familiaux. C'est à la lueur de ces lampes (parfois même des bougies traditionnelles) que les écoliers faisaient leurs devoirs et apprenaient leurs leçons. On se chauffait au feu de bois dans les cheminées ou avec les poêles à bois ou a charbon.
A cette époque des marchands livraient à la porte des immeubles. Le bois était généralement vendu à "l'asinaïa" (chargement porté par un âne sur le bât) et le charbon, au sac de cinquante kilos.
Une fois le bois déchargé dans la rue, les enfants aidaient leurs parents à le monter dans les appartements, parfois au quatrième ou cinquième étage par des escaliers très raides, comme vous devez sans doute en connaître.
Témoignage d'un grand-père: "Quand, le matin de bonne heure, je me levais pour réviser mes leçons, ma mère plaçait sous la table une sorte de brasero pour me réchauffer les pieds"
Les rues étaient très peu éclairées. Dans les années 1920 (il y a moins de cent ans à peine), la haute-ville ne comptait qu'une trentaine de réverbères à pétrole placés aux points les plus fréquentés. Ils étaient posés sur une potence fixée sur la façade des immeubles. Un employé était chargé de les allumer tous les soirs.
Ce n'est qu'en 1931 qu'allait être installée la lumière électrique à Bonifacio. Mais il fallut tout de même attendre quelques années pour que toutes les maisons puissent en bénéficier. Dès lors, la vie changea assez radicalement. Le fait d'appuyer simplement sur un interrupteur pour que "la lumière soit" et que la pièce soit généreusement éclairée, sans aucune zone d'ombres, était presque considéré comme un miracle. Tout cela avait, certes, un coût (car les compteurs tournaient) mais chacun appréciait de ne plus avoir à se servir des lampes à pétrole et à huile. Celles-ci continuèrent cependant quelque temps encore à être utilisées dans certaines maisons avant de trôner sur les cheminées en marbre ou sur des meubles, dans un but décoratif... quand elles n'étaient pas jetées sous les falaises!
Pour en revenir à l'éclairage des rues, à titre comparatif, méditez sur ces chiffres:
1929: Trente réverbères à pétrole n'éclairaient que les rues principales.
2005: Plus de mille points lumineux ont été recensés dans toute la Ville et sa banlieue y compris la Marine. Et encore, Bonifacio malgré des progrès indéniables, ne peut encore être considérée comme une ville bien éclairée!

Réfrigérateur et machine à laver

L'électricité était là, mais il fallut attendre les années 1960 pour pouvoir disposer (du moins ceux qui pouvaient se l'offrir à cette époque) d'un réfrigérateur et, un peu plus tard, d'une machine à laver.
Témoignage d'un grand-père: "Je me souviens du temps, c'était dans les années 1950, où le patron du Bar Muriani, rue Doria, nous permettait de mettre dans le gros "frigo" de l'établissement une bouteille d'eau à rafraîchir en vue du repas de midi. C'était vraiment un luxe de pouvoir boire, à table, de l'eau bien fraîche en ce temps-là!
Les glaces, à cette époque, étaient pratiquement inconnues et en tout cas rares. Nous achetions des glaçons toujours au bar Muriani que le maître des lieux, heureux possesseur d'un "frigidaire" confectionnait en additionnant de l'eau avec un peu de menthe, du citron, ou de l'orangeade que nous achetions pour quelques centimes! Pour nous qui ne connaissions rien d'autre du genre, quel délice, quel plaisir de pouvoir ainsi se rafraîchir dans les périodes chaudes! C'était la fête!"
Nous avons parlé des machines à laver le linge. Quand elles n'existaient pas encore à Bonifacio, les mamans allaient laver elles-mêmes le linge familial au lavoir public (le canal) ou bien dans les petits lavoirs privés dont étaient pourvus certains jardins. Il y avait aussi des lavandières qui faisaient ce travail contre rétribution. C'était leur métier: laver chaque jour le linge des autres, le faire sécher au soleil sur des buissons ou des fils tendus, puis le livrer à domicile. Mais avant la livraison, certaines d'entre elles montaient le linge, depuis le quartier Longone à la Marine, jusqu'en haute-Ville dans une grosse corbeille posée en équilibre sur leur tête.

L'eau : Des temps anciens à nos jours

La région de Bonifacio, située, à l'extrême-Sud de la Corse est la région la plus sèche de l'île et même de...France!
Au début du 20 ème siècle, les campagnards bonifaciens ("I Pialinchi"), remplissaient, en rentrant le soir de la campagne, un ou deux barils (Bariloti) de 12 à 15 litres à la Fontaine de Longone (là où se trouve aujourd'hui la caserne des Pompiers) mais une carte postale ancienne montre aussi des femmes portant des récipients d'eau sur la tête. Deux autres fontaines étaient également utilisées: l'une située à la Senola, à proximité du Centre nautique, que l'on actionnait à l'aide d'une pompe à main et qui comportait aussi un bel abreuvoir (comme à Longone) pour les bêtes (ânes, mulets, chevaux). L'autre se trouvait à la Marine dans le quartier Saint Erasme (face au Tabac Simoni).
Les citadins disposaient aussi d'un service de livraison d'eau potable à domicile au moyen de charrettes tirées par des mulets, chacune d'elles pouvant transporter une quinzaine de barils d'environ trente litres. Certains porteurs d'eau chargeaient les bariloti sur leurs ânes. Le baril était vendu 2 sous rendu à domicile. Tout comme le bois dont on a parlé plus haut, Il fallait parfois monter l'eau jusqu'au 4ème ou cinquième étage!

Les Bornes-fontaines

Puis, dans les années 1920, les autorités installèrent en divers points de la Haute-Ville et de la Marine des bornes fontaines que l'on actionnait en tournant une sorte de manivelle. C'était déjà un progrès par rapport au transport de l'eau à dos d'âne depuis la Fontaine de Longone.
Les Bonifaciens d'un certain âge (comme vos grands-parents) se souviennent du temps où il fallait aller chaque jour "charrier de l'eau" pour les besoins familiaux et ce, jusqu'au début des années 1960.
C'était, en même temps qu'une "corvée", un véritable plaisir. En effet les seaux d'eau étaient lourds et les escaliers raides comme on sait, mais c'était aussi, autour de ces mêmes fontaines que l'on bavardait, que l'on rigolait, que l'on jouait, que l'on rencontrait les copains et les copines. En effet, les fontaines publiques étaient souvent des "points de ralliement" pour les jeunes gens, des lieux de rencontre. C'est pourquoi, beaucoup de ces jeunes gens ne rechignaient jamais à la tâche, ce qui ne devait pas manquer, parfois, d'étonner leurs parents ! A ce stade là, "charrier de l'eau" constituait une occasion, un prétexte de sortie...
Le témoignage ci-dessous est un peu moins romantique: "Tous les jeudis, alors que les enfants des familles aisées allaient jouer à la Loggia ou dans les ruelles, moi, je devais approvisionner en eau, d'abord un vieil administrateur des colonies en retraite (qui habitait au cinquième étage) et ensuite une dame qui habitait dans un autre quartier, mais fort heureusement, au deuxième étage.
Toute la matinée, parfois aussi une partie de l'après midi, je transportais mes seaux d'eau, remplis à la Fontaine d'in Guardia (place d'Armes)ou di "u Stradun" (rue Fred Scamaroni). Ces seaux, assez lourds pour mon jeune âge, pendaient de mes bras maigres et, tout au long du parcours immuable, je traçais un "sentier" délimité par les "lâchures" d'eau intermittentes qui tombaient des récipients trop pleins. Parvenu à l'appartement, après avoir gravi des escaliers interminables, je vidais mes fardeaux dans d'énormes jarres, précédemment destinées à l'huile, qui semblaient ne jamais remplir. De véritables tonneaux des Danaïdes1! La corvée terminée, je repartais, fourbu mais riche de quelques sous qui cliquetaient dans ma poche. Puis je recommençais la même opération chez mon autre "client"....Et cela dura plusieurs années. Certains appellent cette période "le bon vieux temps".
Autre témoignage: "Lorsque nous étions enfants, nous attendions le passage des petites filles pour les asperger en plaçant notre main sur le bec de la fontaine tout en actionnant le mécanisme. Cela nous faisait beaucoup rire sur le moment. Mais parfois les "victimes" se vengeaient. Elles prenaient leur temps et un jour où l'autre, alors que nous ne nous y attendions pas, nous subissions le même sort..."
Ou bien "Moi, pour me faire quelques sous, je n'acceptais d'approvisionner que les personnes dont l'appartement était muni d'une poulie. Dans la rue, j'accrochais le seau à la corde, je tirais, et, là haut, au 3ème, 4ème ou 5 ème étages, quelqu'un le réceptionnait et le vidait. C'était tout de même moins fatigant que de grimper les escaliers vertigineux...".
Et encore: "Avec mes frères et soeurs, nous établissions des "tours" pour la corvée d'eau: un jour toi, un jour moi, un jour lui etc..."

A suivre...
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# Posté le samedi 26 janvier 2008 11:07

Modifié le dimanche 27 janvier 2008 08:05

Comment c'était Bonifacio avant (Deuxième partie)

Comment c'était Bonifacio avant  (Deuxième partie)
Deuxième partie


BONIFACIO DU TEMPS DE VOS PERES ET GRANDS-PERES



Par François CANONICI


[
font=Arial]Toilette, hygiène


Comment faisait-on sa toilette?
Il n'y avait pas de douches, pas de baignoires, sauf quelques exceptions. Mais rassurez-vous on se lavait quand même. Pour cela on utilisait de grandes bassines métalliques que l'on remplissait d'eau froide et d'eau chaude (chauffée au feu ou sur la cuisinière à bois ou à gaz).
Les maisons bonifaciennes étaient toutes pourvues d'une évacuation reliée à l'égout de la rue (car Bonifacio était doté d'un réseau d'égouts depuis le XIII° siècle et était donc, largement, en avance sur la plupart des autres localités importantes de l'île). Ces évacuations, il faut bien le dire, n'étaient que des orifices, placés le plus souvent, en façade, près d'une fenêtre (parfois même dans le portail). C'est dans ces "trous" que l'on vidait les eaux usées et de toilette...
Car les cabinets d'aisance (les WC actuels), jusque dans les années 1950 et au début des années 1960, n'existaient pratiquement pas. On se servait de seaux hygiéniques que les mamans vidaient ensuite dans les orifices décrits plus haut... en prenant bien soin de ne rien laisser déborder. Car alors des gouttes pouvaient atteindre des passants dans la rue (cela est arrivé quelques fois!). A la Marine c'était encore pire. Chaque matin, les femmes devaient vider ces mêmes seaux dans ...les eaux du port où ils étaient rincés! Parfois sous l'oeil goguenard des touristes!

Enfin, l'eau au robinet dans les maisons


Ce n'est qu'entre 1960 et 1962 que l'eau potable allait être progressivement installée dans les appartements (fin 1962, il y avait déjà 600 compteurs installés dans les portails). Une station moderne de pompage des eaux fut installée à la Senola refoulant l'eau dans les réservoirs de la Bella-Catarina. De là, elle revenait, par gravitation dans une canalisation descendant par Campu Rumanillu vers la ville et la Marine.
Quel plaisir de pouvoir prendre des douches ou des bains alors que, jusque là, on se lavait (plus ou moins bien) dans des bassines, des cuvettes... D'autre part, finis les seaux hygiéniques et les déversements folkloriques dans les orifices en façade ! Petit à petit les foyers disposèrent de WC pratiques et fonctionnels. Mais pour beaucoup c'était encore un luxe et de nombreuses personnes durent attendre quelque temps pour en bénéficier.
Mais alors que l'on aurait pu s'estimer satisfaits d'avoir supprimé la corvée de l'eau (qui, désormais coulait à tous les robinets) et de bénéficier des bienfaits de l'ère moderne, des problèmes sérieux n'allaient pas tarder à se présenter, notamment l'été venu, avec le développement du tourisme et celui de l'agriculture.
C'est alors que naquirent plusieurs projets et que l'on construisit des barrages: barrage de l'Ospedale (3.000.000 de m3); barrage de Figari (près de 6 millions de m3 ). L'eau que vous consommez aujourd'hui, avec laquelle vous prenez des douches, des bains, et avec laquelle votre papa arrose son jardin, provient de ces barrages après passage dans une station de traitement des eaux pour la purifier.


N'oublions pas nos anciennes fontaines


Témoignage de grand-père: "Je voudrais évoquer un problème qui me tient à coeur. C'est celui des sources et fontaines oubliés. Certaines sont taries depuis bien longtemps, par contre d'autres ne demanderaient qu'à revivre. Aimez les, protégez les, parlez-en à vos parents, dites leur de se constituer en association pour nettoyer ces anciennes fontaines (moi-même, en compagnie d'un ami, j'ai fait sortir de l'oubli l'une d'entre elles du côté de la Trinité. Elle était envahie par une végétation hostile et inextricable: quelle joie, quel plaisir, quelle fierté de la retrouver aussi belle, avec une eau aussi fraîche que du temps où j'étais un petit enfant!
Espérons que nos fontaines et sources (du moins ce qu'il en reste) puissent subir le même heureux sort. Je pense, notamment, à celle de Pater Noster (en bordure RN 198 face au croisement de la Tonnara) qui mériterait d'être remise en état. Des travaux de débroussaillement seront nécessaires ainsi qu'une restauration des pierres formant la voûte dont une partie est tombée, victime du vandalisme.
Une région aussi sèche et aride que Bonifacio ne peut se permettre de négliger les quelques points d'eau qui lui restent encore et qui ont droit à toute notre sollicitude. C'est pourquoi il faut sauver ce qui peut encore l'être.
"Les sources, c'est comme les belles filles, si tu les délaisses, elles s'en vont ailleurs et ne reviennent plus" écrivait le grand Marcel Pagnol dans "Manon des Sources".

L'Ecole


Il n'existait pas de ramassage scolaire et les écoliers qui habitaient la campagne, les voitures étant très rares, se rendaient à l'école à pied, par tous les temps (pluie, vent, froid) après avoir effectué plusieurs kilomètres (ils avaient dû d'abord se lever très tôt pour être à l'heure). Bien sûr les enfants de la ville et de la Marine étaient mieux lotis puisque l'école était proche d'eux.
Les plus petits allaient à l'école maternelle (une à la Marine, une en haute-Ville) et les "grands" (du primaire au cours complémentaire) au Groupe Scolaire (là où vous travaillez aujourd'hui).
Les écoles maternelles de la Place Grandval et de la Marine ne disposaient pas de WC. Les enfants faisaient leurs besoins dehors... En haute-Ville, sous le mur bordant la ruelle qui mène à la Toricella.
Le goûter consistait en une tranche de pain avec deux ou trois morceaux de sucre pour les uns, un morceau de chocolat ou une pomme pour d'autres.
Pour les élèves, le jour de repos était le jeudi. L'après-midi on allait au catéchisme (presque obligatoire) puis au cinéma. Mais les enfants ne pratiquaient aucune activité sportive ou culturelle: pas de danse, de judo, de karaté, de hand, d'échecs, de voile... De temps à autre, seul le football était pratiqué d'une manière sauvage (là où l'on pouvait) et sans entraîneur.

LE CINEMA


Bonifacio, jusque dans les années 1960, disposait d'une très belle salle de cinéma, rue Saint Dominique (aujourd'hui "Galeries du Mercadial"). Ce cinéma était un des plus beaux de Corse même s'il n'était pas le plus grand. Il y avait, à cette époque où la T.V était inconnue, plusieurs séances hebdomadaires: le jeudi après-midi, le samedi soir, le dimanche après-midi et le dimanche soir. Toutes les séances faisaient le plein. Les enfants disposaient de fauteuils en bois juste face à la scène au-dessus de laquelle se trouvait l'écran alors que les adultes s'asseyaient sur des fauteuils en velours dans la salle, les loges ou les balcons. Lorsqu'il y avait affluence on rabattait les strapontins. Ce cinéma qui s'appelait "Le Cyrnos" passait de très beaux et de très grands films.
Puis au début des années 1960, avec l'avènement du petit écran (la TV), petit à petit le public bouda la salle obscure (le cinéma).
Télévision et cinéma se livrèrent un combat sans merci. Et c'est la T.V. qui gagna!
Conséquence: vers 1966 ou 1967, le "Cyrnos" fermait définitivement ses portes. Les Bonifaciens, du moins une grande majorité, préféraient regarder tranquillement les films et les différentes émissions à la maison. D'ailleurs une chanson de cette époque ne répétait-elle pas "La télévision, c'est du cinéma"?

LA TELEVISION


Mais avant l'avènement de la TV, notre seule distraction, le soir à la maison, était d'écouter la radio, les informations, les chansons, les différentes émissions, les feuilletons comme "Vas-y-Zapy" avec Zapy Max ou "Sur le Banc" avec Raymond Souplex et Jeanne Sourza.
C'était bien avant l'avènement du "petit écran".
Témoignage de grand-père: "La première fois que j'ai vu à Bonifacio une émission télévisée ce fut, d'abord, au magasin Rocca-Serra, rue Fred Scamaroni (aujourd'hui il y a une boutique de souvenirs) et au bar "Muriani" (Là où se trouve le magasin de Mme Botti: les "Galeries Bonifaciennes"). Je crois que c'était en 1957 ou 58 juste avant mon départ pour l'armée. C'était un match de football à la télévision italienne car nous ne recevions pas encore, à cette époque, la chaîne française.
Tout le monde n'avait pas une "télé" car son coût était élevé pour les bourses modestes. Alors on organisait de petites soirées chez le voisin ou l'ami plus fortuné qui acceptait de nous laisser suivre les émissions.
Mes parents n'ont vraiment possédé une télévision qu'en 1964. Il y a à peine quarante ans! Puis dans les années 1970, presque tous les foyers en furent pourvus ainsi que des réfrigérateurs et des machines à laver."
La TV! Voilà en tout cas un phénomène qui a tout à fait transformé la vie en société des Bonifaciens. Ces derniers étaient captivés par la télévision et ses programmes.. Résultat: on se rencontrait moins entre amis, on bavardait moins dans les rues l'été venu.
On pourrait également parler du téléphone. Une quarantaine seulement de numéros à Bonifacio en 1955; près de 2 000 en 2005!

Les Jeux


Vos grands-parents (et peut-être, à un degré moindre, vos parents pour certains jeux) s'amusaient un peu partout dans les rues de Bonifacio qui étaient beaucoup moins encombrées que de nos jours: on se poursuivait, on jouait aux "cow-boys" ou "à la guerre" avec des "épées", des "poignards", des "fusils" et des "pistolets" en bois. Les endroits les plus fréquentés par les enfants d'alors étaient la "Torricella" (A Turisgila"). Là, lorsque l'on avait enfin fini avec les batailles acharnées, on se réunissait dans une vieille maison toute délabrée et l'on confectionnait du "croquant" en faisant chauffer dans une casserole, où l'on avait mis très peu d'eau, quelques morceaux de sucre (pris en cachette chez nos parents) . Lorsque le sucre avait fondu, on y ajoutait des "amandes" provenant de noyaux de pêche, d'abricots et autres fruits à noyaux que l'on ramassait un peu partout dans les rues de la cité. Après cela, on laissait refroidir et l'on dégustait avec plaisir et fierté notre nougat artisanal!
Une autre distraction consistait, au printemps, à consommer à "Dati-Figui" (espace au-dessus de la route menant au monument aux Morts) les fleurs de bourrache ("I Fanableu") et celles d'une autre fleur en clochette (jaune et noire à sa base) dont le nom nous est inconnu et que nous appelions (i Fanagià). Ce qui, traduit en français, signifiait: le phare bleu et le phare jaune.
On jouait beaucoup aux boules dans les années 1950-60. On les louait chez "Pierre du Café" ("Café de la Poste") et l'on entamait de longues parties près du Pont-Levis (Porte de France) là où se trouvent à présent les poubelles et la rampe St Nicolas (qui n'existait pas à cette époque).
Mais la "place" la plus utilisée par les enfants était, sans conteste, la "Loggia", devant l'église Ste Marie Majeure. Là on jouait au ballon (souvent confectionné avec des chiffons), au "sou troué" (un sou troué en son centre dans lequel on introduisait du papier fin puis on le faisait rebondir à plusieurs reprises sur le pied, comme on le fait lorsque l'on jongle avec un ballon). L'autre jeu était le "Bichilu": c'était un petit morceau de bois de quelques centimètres, épointé aux extrémités: on tapait ensuite à l'aide du tranchant d'une raquette en bois sur l'une des deux pointes et le "bichilu" s'envolait, il fallait courir pour le rattraper avec sa raquette.
On s'amusait aussi à faire le rondeau (filles et garçons), à "touche-touche" (on se poursuivait pour toucher les participants avec la main et celui qui avait été touché poursuivait à son tour le "toucheur"), au "tir à la balle" (on tirait une petite balle en caoutchouc, souvent fabriquée avec des lamelles de chambres à air de vélos ou de voitures, sur un groupe d'enfants qui s'enfuyait dès le signal donné) etc...
Les filles sautaient à la corde, parfois en chantant:
Les paroles étaient les suivantes:
"L'autre jour dans ma chambrette
Ma Chambrette était là-haut
Je faisais mon p'tit ménage
Et je jouais du piano
Do, ré, mi fa , sol, la , si do...

Ou bien encore:
Canevas
Les fils sont là
Le coton est cher
L'aiguille se perd
...
Les filles jouaient aussi à la marelle (appelée à Bonifacio "le peu", mot génois désignant le pied).
Il y avait aussi, pour les garçons, d'autres jeux comme le cerceau (une jante de vélo ou un cercle de tonneau!), le chariot en bois à roulement à billes (de voitures) et tant d'autres encore comme la toupie, la fronde (dangereuse en ville) etc..
Pour des jeux plus calmes (jeux de billes ou de dominos notamment), une autre placette aimée des enfants était la "Casaccia" (place des Vénérables Anciens) où sont installées de nos jours des terrasses de restaurants.
On organisait parfois des matches de football au Puzzu Verdi (là où se trouve actuellement un parking près du port de commerce) entre La Haute-Ville et la Marine! Parfois cela se terminait par des matches... de boxe!
Jusqu'à la fin des années 1960, pour la fête patronale du 15 août (Santa Maria), indépendamment des cérémonies religieuses très suivies, de nombreuses festivités étaient prévues pour distraire les enfants et les jeunes. Cela se passait "place de la Voiture" (place Bonaparte face au "Royal") et rue Fred Scamaroni. La circulation automobile n'était pas celle que nous connaissons aujourd'hui et les commerçants n'occupaient pas (encore) aussi généreusement le domaine public. Les jeux pratiqués étaient : le mât de Cocagne, la course en sacs, la course à l'oeuf, la course à pieds, à dos d'âne, la course à la nage (traversée du port), la course de barques etc... On avait droit aussi à une course cycliste et au traditionnel tournoi de football sans oublier le "Grand Bal Public"! Tout cela en pleine ville et en pleine Marine, chose impensable aujourd'hui tant les chaussées et les trottoirs sont encombrés!


L'avènement de la matière plastique


Voilà donc le tour d'horizon de la vie bonifacienne à l'époque de vos grands-parents terminé. Certes, il y aurait encore beaucoup à dire sur ce temps-là, mais nous nous en sommes tenus à l'essentiel.
Comme vous l'avez constaté, le progrès, petit à petit, s'installait chez nous, comme ailleurs. Il améliorait considérablement notre vie même si, comme pour la TV, il avait une répercussion sur la vie en société qui était beaucoup plus conviviale auparavant.
Dès lors, même les enfants ne jouaient plus, ou en tout cas jouaient moins, à la Loggia ou à la Torricella tant ils étaient attirés par les émissions TV. Finis les parties de "sous troué", de marelle, de tir à la balle, de "bichilu"!
Le progrès, s'il a été bénéfique en plusieurs domaines, ne fut-ce que dans l'amélioration des conditions de travail de la femme au foyer, aura eu, surtout ces trente dernières années, des effets beaucoup moins flatteurs. L'illustration principale n'est-elle pas la pollution par les déchets en matière plastique comme les bouteilles, les sachets et les différents containers, les étuis de cartouches etc... qui jonchent nos plages, les bords de nos routes et même les buissons des campagnes!
Le "plastique" est venu sans crier gare. Au début on s'en émerveillait car on ne considérait que l'aspect pratique. Il est vrai que dans les années 1960, les mots "pollution" ou "environnement" étaient presque inconnus et en tout cas, peu utilisés et ne revêtaient pas l'importance qu'on leur donne, à juste titre, aujourd'hui. Petit à petit, disparaissaient les bouteilles en verre: vin, huile, vinaigre etc... Parallèlement, apparaissaient, ici et là, ces mêmes bouteilles vides, jetées (car elles n'avaient aucune valeur) dans la nature.
Certes, tout ceci est bien regrettable et chacun de nous doit y songer et faire des efforts pour limiter les effets indésirables de la société de consommation, notamment par le respect du tri sélectif qui a été institué à Bonifacio.
Mais, pour être honnête, il faut aussi reconnaître, en se reportant à ce qui est dit plus haut, que tout ne fut pas négatif et que le progrès que parfois, parce que c'est à la mode, on dénigre trop facilement (tout en l'utilisant largement, n'est-ce-pas les utilisateurs d'Internet?) a amélioré les conditions de vie et d'hygiène de chacun de nous et a eu un impact favorable sur la santé en général. La meilleure preuve est que, malgré la pollution qu'il faut absolument diminuer (il est utopique de parler de suppression), l'espérance de vie est de plus en plus longue. Exemple: les centenaires, aujourd'hui (2005) au nombre de 6000 en France passeront dans les trente années à venir à...150.000!
A Suivre[ /g].....

# Posté le samedi 26 janvier 2008 11:38

Modifié le dimanche 27 janvier 2008 06:36