Trois kilomètres de procession, arcs de triomphe, veillées nocturnes
"Chez nous soyez reine"
En 1947 : l'arrivée à Bonifacio de "N-D du Grand Retour"
Lorsque N-D du Grand Retour arriva en Corse en 1947, plus de dix mille paroisses françaises l'avaient déjà acclamée. Le "Grand Retour" avait, à travers la France, distribué gratuitement des millions de consécrations, des millions de cantiques, d'images souvenirs, de chapelets, de médailles miraculeuses, de tracts , d'affiches etc.
Le Grand Retour était un mouvement populaire de prières et de pénitence, suscité de paroisse en paroisse, de diocèse en diocèse, par le passage de quatre blanches statues issue du congrès national marial qui s'était tenu à Boulogne-sur-Mer en 1938 (c'est pourquoi on disait aussi "N-D de Boulogne".
Lorsque, en 1945, juste après la guerre, une de ces statues passait, des villes entières étaient soulevées d'enthousiasme et de ferveur: "les communions s'enregistrent par centaines et les retours se comptent par centaines et centaines" peut-on lire dans une petite brochure de 1945.
Dans son contexte
Vu de ce début du 21° siècle, ce phénomène sans précédent ("un spectacle digne du Moyen-âge" avait dit à Vannes, Mgr le Couëdic) peut prêter à sourire. Mais il convient de situer ce mouvement dans le contexte de son époque, aussitôt après les terribles souffrances de la guerre, où la foi était plus vive qu'elle ne peut l'être aujourd'hui. Il est vrai aussi qu'à l'époque, les fidèles n'avaient pas la facilité comme de nos jours de se déplacer par milliers à Lourdes ou dans d'autres sanctuaires.
En Corse (Mgr Llosa était alors évêque) ND du Grand Retour avait été accueillie avec une très grande ferveur "soulevée par un enthousiasme délirant" rapporte un témoin.
A Bonifacio : cortèges et arcs de triomphe
A Bonifacio, au début de l'été 1947, le cortège avec les enfants et les "Ames Vaillantes" en tête, l'avait accueilli au croisement des RN 196 et 198 (L'Embranchement). Une procession longue de plus de trois kilomètres avec les confréries avec "capi e cularin", les "notables" de la cité dont certains portaient une croix en tête de la procession qui devait aller jusqu'au fond de la Marine puis se rendre en haute-Ville. Les centaines de fidèles interprétaient : "Chez nous, soyez reine, la Corse est à vous, régnez en souveraine, Chez nous, Chez nous..." pendant que la procession de la blanche statue juchée sur sa barque (remplie de billets de banque et de monnaie) passait sous des arcs de triomphe faits de feuillage et de fleurs, à la Porte de France, au "Fundagu", près de l'église St Jean-Baptiste, à la Loggia alors que les rues principales étaient pavoisées de guirlandes coupées dans du papier bleu ciel et blanc: "Nous avions confectionné pendant plusieurs jours ces guirlandes dans les maisons, chacun en avait pris sa part" se souvient encore ledit témoin.
Le soir la Statue de N-D du Grand Retour était veillée dans l'église même, toute la nuit par des gens qui se relayaient.
Une anecdote : lors de la procession, lorsque la Statue sur son véhicule négociait le virage du Monument aux Morts, une rafale de vent fit envoler des dizaines de billets de banque qui s'éparpillèrent en contrebas de la route. Les enfants furent invités (sou la surveillance des responsables) à les ramasser...
A noter que l'argent recueilli dans la barque était librement donné par les habitants des villes et des villages traversés.
D'autre part, le poète René d'Arghiavine avait publié en 1948 un recueil de poésies uniquement dédié à l'itinéraire parcouru par ND du Grand Retour. Voici ce qu'il écrivait sur Bonifacio :
Mais te voilà devant la perle de la Corse
Si fervente, pieuse, unique sous les cieux
Le Bonifacien, dès qu'il te voit, s'efforce
De rendre ton séjour amène, radieux.
Zigliara, cardinal qui faillit être pape
Protège, c'est certain, cette étrange cité.
L'habitant se recueille à genoux et se frappe
La poitrine, invoquant la Vierge de bonté
"Un merveilleux souvenir"
"N-D du Grand Retour s'est trouvée vraiment chez elle à Bonifacio où elle est invoquée sous le vocable de "Regina advocata nostra" écrivait le regretté chanoine François Maestroni, enfant de Bonifacio, qui fut archiprêtre de la cathédrale d'Ajaccio, dans sa brochure "Bonifacio dans l'histoire du Christianisme".
Qu'ils aient été croyants ou simples curieux, ceux qui furent présents à cette grandiose manifestation, surtout lorsqu'à l'époque ils n'étaient que des enfants, ont gardé en mémoire le côté merveilleux de ce qui, pour eux, était une grande et belle fête, un moment de liesse populaire.
Tout le reste est une autre histoire et ne rentre pas dans le cadre de cette page de l'album aux souvenirs.
François CANONICI
Une partie de la longue procession de ND du Grand Retour à la Marine, "Ames vaillantes " et enfants en tête... VOIR AUTRE PHOTO PAGE SUIVANTE