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Un Bonifacien officier de Napoléon

Un Bonifacien officier de Napoléon
La chronique historique de François CANONICI




Vito SERAFINO : Un Bonifacien, officier de Napoléon




Vito Serafino est, parmi tant d'autres, un personnage historique bonifacien quasi inconnu qui méritait d'être sorti de l'ombre.
Vito Thomas Serafino est né à Bonifacio le 1er janvier 1785. Il était le fils de François Xavier Serafino et de Marie Vincence Mondovile. De son enfance bonifacienne, on ne sait pas grand chose, mais on peut supposer qu'elle fut studieuse et sérieusement encadrée dans une famille qui avait les moyens de ses ambitions.
Son père François Xaxier (1756-1820) était notaire et Procureur royal à Bonifacio en 1815. Il avait des frères qui firent tous une brillante carrière mais qui ne laissèrent aucune postérité: Stefano (1796-1843), docteur en Médecine, notaire royal ; Domenico Vincenzo (1804-1844) notaire à Bonifacio, sans alliance; Giovani Battista, né en 1807 (époux Garcin), père d'un fils unique mort enfant.
Contrairement à ses frères, Victor Thomas (dit "Vito") Serafino allait choisir l'armée. Il fut incorporé le 15 octobre 1804 dans le Régiment des Chasseurs d'élite de la Garde Impériale. Le 28 décembre 1805, il était caporal. Nommé sous-lieutenant le 3 avril 1806, il passa lieutenant un peu plus d'un an après, le 3 juin 1807. Capitaine le 3 juillet 1808, il fut nommé chef de bataillon au 36 me Léger le 1 er mai 1813 (avant de passer au 80 me Régiment de Ligne le 7 août 1814) comme le confirme un rapport fait au Ministre par le Prince de Neufchâtel, Major Général de la Grande Armée. Il n'avait que 28 ans.
Les mérites de Vito Serafino se traduisirent par des distinctions: Chevalier de la Légion d'Honneur le 27 septembre 1810 et Officier de la Légion d'Honneur le 27 septembre 1814.

Blessé sous les yeux de l'Empereur

Vito Serafino effectua de nombreuses campagnes dès l'an 1804 aux Côtes de l'Océan, puis en Prusse et en Pologne (1805 à 1807).
De 1808 à 1813, il participa à la guerre en Espagne avant son retour en France en 1814-1815.
A la bataille de Friedland, le 14 juin 1807, il fut blessé au genou gauche. A la bataille de Leipzig, le chef de bataillon Serafino eut son cheval tué sous lui.
Le 21octobre 1813, au passage du pont de Freybourg sur l'Unstrut, il allait se distinguer sous les yeux même de l'Empereur Napoléon Bonaparte. En effet, sur ordre de ce dernier, il marcha sur une position où l'ennemi avait une batterie. Vito Serafino s'en empara de suite à la baïonnette mais il eut la cuisse traversée d'une balle. Il est écrit dans les archives militaires : "Sa Majesté l'Empereur daigna envoyer un de ses officiers d'ordonnance pour prendre son nom et le faire placer dans une de ses voitures".
Arrivé à Mayence, le chef de Bataillon Vito Serafino fut proposé par le Général de Division Comte Durutte pour obtenir de l'Empereur le grade de colonel du 131 ° Régiment et la décoration d'officier de la Légion d'Honneur.
Cependant les circonstances n'ayant pas permis l'effet de ces dernières demandes, Vito Serafino ne fut nommé officier de la Légion d'Honneur que le 27 septembre 1814.
Sans grande fortune, il épouse le 28 juillet 1816, Anne Marie Brandi, une jeune bonifacienne issue d'une famille de notables, fille de l'avocat Jean Brandi, Consul d'Angleterre à La Maddalena, et de Marie Antoinette De Suzzarelli. L'autorisation de mariage fut accordée par le duc de Feltre, Pair de France, ministre Secrétaire d'Etat au département de la Guerre.
Une attestation de Vincent Rù, maire de Bonifacio, en date du 14 mai 1816, précise que la dot de la mariée qui "appartient à une famille des plus distinguées de la ville" était de vingt cinq mille francs et qu'à la mort de son père "elle pourra recueillir une pareille somme". Le Lieutenant Général, Gouverneur de la Corse précisait pour sa part que "la jeune demoiselle Brandi réunit toutes les qualités qu'un officier de haut rang pourra désirer en pareille circonstance".
Les témoins au mariage furent Vincent Serafino, 49 ans, prêtre, oncle germain de l'époux et Etienne Serafino, 23 ans, propriétaire, frère de l'époux.
Vito et Vincence qui vivaient dans leur appartement de la rue Doria (aujourd'hui au n° 26) eurent six enfants trois garçons et trois filles. La plupart mourut en bas-âge, sauf l'aînée Marie-Flore qui naquit le 17 mai 1817 et son frère François né en 1820.



Lieutenant du roi

Après la chute de Napoléon Bonaparte, Vito Serafino, comme d'autres officiers fut placé en demi-solde le 16 septembre 1815. En 1817, il fut remis en activité comme chef de Bataillon à la Légion du Lot. A partir du 28 septembre 1820, il fut placé en congé illimité et revint à Bonifacio.
Que fit-il durant environ sept années que dura "son congé illimité" ? On peut supposer qu'il se transforma en... "pialincu" (paysan du "Piale", la campagne de Bonifacio"). En effet, on constate que, le 10 février 1822, Vito Tomaso Serafino achetait à Saveria Trani veuve "del fu signor Francesco Maria Antonio Bottolaccio", pour le prix de 1240 frs, une terre située à Paraguano (vraisemblablement en bordure du sentier menant de la Caëna à Paragan) composée de huit parcelles de vigne et d'un petit enclos (un chiosetto"). A cette époque, il convient de rappeler que Bonifacio, avec plus de 300 hectares de vignes en production était en Corse parmi les trois ou quatre plus grandes régions vitoicoles. Une personne qui disposait de deux ou trois hectares de vigne pouvait faire vivre convenablement sa famille.
Le brillant officier de S.M Napoléon Bonaparte, après avoir dirigé sa petite propriété de Paragan, fut rappelé à l'armée, en 1827. En effet, le 21 septembre 1827 de cette année, il fut nommé Lieutenant du Roi à Bonifacio. A sa grande déception, un mois après, le 19 octobre, il fut envoyé à Corté où il y passa quelques années.
Cependant, le 24 mai 1833 il retrouva ses chères falaises et son poste de commandant de la Place de Bonifacio.

"Grand seigneur, vrai gentilhomme"

Mais sa nomination à Bonifacio, pour des raisons sans doute liées à la politique, à la jalousie, à la médisance de quelques-uns, et aussi à certains bruits venus de Corte où le commandant avait eu des "dissensions" avec le corps municipal, ne fut pas la bienvenue dans un premier temps. A tel point que l'autorité militaire avait décidé d'envoyer à Bonifacio le commandant Biguglia et de nommer Vito Serafino à Prunelli. Finalement, après enquête et rétablissement des faits, les choses s'aplanirent et le Conseil municipal de Bonifacio adressa même un rapport très élogieux concernant l'enfant du pays attestant que : "M. Serafino est un parfait honnête homme qui depuis son arrivée à Bonifacio s'est conduit d'une manière digne d'éloges, qu'il s'y fera considérer et qu'il pourra réussir à ramener le calme dans les esprits par suite de la rébellion qui eut lieu le 7 avril dernier contre le corps municipal et la force armée dans l'exercice de leurs fonctions".
Entre temps sa fille, Flore était devenue une bien jolie personne comme l'écrivait un visiteur, de Jouenne d'Esgrigny-d'Herville, qui était vraiment tombé sous son charme : "Le miracle était complet pour elle. Flore, âgée de 19 à 20 ans est la plus belle personne de l'île. Je puis dire qu'outre les dents les plus blanches et une belle chevelure noire qui pendait jusqu'à terre, ses joues fraîches et rosées répondaient encore au joli nom qu'on lui avait donné" .
De nombreuses réceptions étaient données dans l'appartement du commandant Serafino. Toutes les familles notables de la petite cité se ralliaient à la famille militaire, au groupe de jeunes officiers impatients de sociabilité, de fêtes, de musique, de jeux de salon, de la compagnie des jeunes filles. Voici ce que l'on pouvait lire dans la chronique de l'époque : "Les grands jours étaient ceux du passage des généraux en inspection ou de personnages en mission officielle ou non. Le commandant d'armes avait le plus vaste appartement de la ville (...) et recevait ses invités, aidé d'une fille sage et charmante (NDLR: Flore) que courtisaient tous les lieutenants. Le commandant Vito Serafino reçut notamment l'inspecteur général Maurin ; le général de division Sébastiani et le jeune comte de la Marmora qui venait compléter à Bonifacio son histoire de la Sardaigne. Les réceptions du commandant Serafino étaient, sinon d'un grand seigneur, du moins d'un vrai gentilhomme".
Vito Serafino commanda la Place de Bonifacio jusqu'à sa mort, survenue le 4 février 1837, comme l'indique un rapport de son décès du 13 février de la même année, adressé au Ministre de la Guerre par l'Etat-Major du Quartier général de Bastia : "J'ai l'honneur de vous rendre compte que M. le Chef de Bataillon Serafino, officier de la Légion d'Honneur, Commandant de la place de Bonifacio, atteint depuis quelque temps d'une hydropisie de poitrine, est décédé le 4 de ce mois à neuf heures du soir". Il n'était âgée que de 52 ans.

La cruelle destinée de la belle Flore

Sa fille Flore fut inconsolable. Ecoutons encore d'Esgrigny-d'Herville qui s'exprimait dans le style poétique particulier au XIX° siècle : "Pauvre demoiselle Flore ! Quelle destinée cruelle ! Quelques jours après notre rentrée à Ajaccio, en janvier 1837, elle perdit son père, et aucun lien, de ceux qu'on préfère ne vint la consoler ; on aurait dit que son éclatante beauté décourageait les prétendants ; elle était délaissée comme la fleur que l'ange a gardée pour le Ciel ou comme le diamant inaperçu au fond des mers". Elle devait finir par épouser un vieil oncle "autant par dévouement pour les affaires et les intérêts de sa famille que par dégoût pour les plaisirs d'un monde qu'elle semblait détester" .
Le "vieil oncle" en question, qui n'était âgé que de 44 ans (mais c'était déjà un âge avancé pour l'époque) n'était autre que le frère de son père, Etienne Serafino, "notaire royal et docteur en médecine" est-il précisé dans l'acte de mariage. Flore, l'épouse, n'avait que 24 ans.
Comme les mariés étaient oncle et nièce germains, une autorisation de mariage fut nécessaire. Elle devait être accordée par ordonnance royale du 11 mai 1841. Les témoins qui ont signé pour les deux époux étaient: Antoine Jean Pietri ex-préfet ; Vincent Serafino, notaire royal à Porto-Vecchio, frère de l'époux ; François Serafino, 21 ans et Jean Maestroni, respectivement frère et cousin germain de l'épouse.
Ce couple plutôt singulier a-t-il été heureux ? On l'espère. Mais si bonheur il y eut, il allait être de très courte durée.
En effet, Etienne, le mari (et oncle germain) de Flore mourut deux ans seulement après son mariage, vraisemblablement en 1843. Quant à la belle Flore Serafino, elle fut contrainte de louer à partir du 3 mai 1846, une grande partie de son immeuble (rue Doria) à la commune qui l'affecta à l'instituteur Viggiani pour son appartement personnel et pour y faire la classe. Mais Flore allait suivre de bien près son époux dans la tombe. En effet, elle rendit le dernier soupir le 18 janvier 1847, à 10 heures du soir, à l'âge de 29 ans. L'acte de décès fut établi par François Piras maire de Bonifacio sur la déclaration des témoins signataires : Denis Tertian, 45 ans, conseiller municipal et Claude Hucherot, 58 ans, conducteur des Ponts et Chaussées, tous deux parents au 3° degré de la défunte.
La branche directe du Commandant Vito Serafino, qui n'a eu aucune descendance, s'est donc définitivement éteinte.
Reste le beau portail dont l'entrée est ornée du blason des Serafino au n°26 de la rue Doria où il serait sans doute opportun de rappeler, par l'apposition d'une plaque, l'existence de ce brillant officier de Napoléon Bonaparte, enfant de Bonifacio.


Les citations partielles de cet article doivent impérativement mentionner le nom de son auteur : François CANONICI



# Posté le vendredi 01 février 2008 08:07

Modifié le vendredi 01 février 2008 17:48

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