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La vieille Dame de Bonifacio

La vieille Dame de Bonifacio

La Dame de Bonifacio

En 1972, le squelette d'une femme du Néolithique ancien fut découvert sous la grotte dite de l'Araguina, à l'entrée de la ville (Près Station Total face au camping Araguina) par les archéologues François de Lanfranchi et Michel Claude Weiss.
Cependant, il convient de souligner que déjà, en 1962, le directeur du collège de Bonifacio, le regretté Paul Rossi, s'était aperçu, à l'occasion de travaux de terrassement, qu'il existait des indices d'un habitat sous roche d'une certaine importance. C'est lui qui usa de son influence auprès des autorités municipales de l'époque afin que lesdits travaux soient arrêtés. Ce qui fut fait. Par la suite, le site fut systématiquement fouillé à partir de 1966.
Les couches stratigraphiques étaient dans un exceptionnel état de conservation. Les archéologues ont pu commencer des fouilles méthodiques qui ont permis une datation du squelette (6500 à 7000 avant Jésus-Christ) grâce, notamment aux analyses au Carbone 14.
Le squelette était recouvert d'une substance ocre jaune (rite mortuaire). Cette femme qui vivait avec son groupe familial sous cette grotte (autour d'un foyer central) est morte à 35 ans environ et mesurait 1m55 (c'était la taille moyenne à cette époque). Elle était handicapée (atteinte de la maladie de Scheuermann). Une de ses épaules (la droite), plus haute que l'autre, était atrophiée. Elle avait des problèmes au niveau des articulations qui avaient atteint le tibia, les orteils...
Elle était entièrement prise en charge par la communauté pour la nourriture notamment.
La nourriture consistait en poissons, coquillages divers, mais aussi en viande, (boeuf, mouton, chèvre) les occupants de la grotte chassaient aussi un petit rongeur (voisin du lapin) appelé Lagomys prolagus Corsicanus. Le groupe de la Dame de Bonifacio consommait aussi des fruits sauvages, des baies, mais connaissait peut-être un peu l'agriculture.
Il inhumait ses morts dans l'habitat lui-même.
Loin de vivre repliés peureusement sur eux-mêmes, ces hommes de la préhistoire pratiquaient le commerce et sortaient même de la Corse pour aller s'approvisionner en silex et en obsidienne, dont ils faisaient armes et outils.. Ils connaissaient la céramique qu'ils savaient graver et décorer finement avec des particularités qui permettent de parler de "style bonifacien".
On pense que cette communauté est venue de Sardaigne et qu'elle s'est ensuite installée sous la grotte de l'Araguina-Senola.
Il faut préciser que le squelette de la Dame de Bonifacio se trouve exposé au Musée de l'Alta Rocca à Levie. La ville de Bonifacio ne dispose que d'un simple moulage en plâtre dudit squelette.

Au Moyen-âge, on vivait encore sous la grotte d'Araguina!

On connaissait donc l'habitat de la Dame de Bonifacio (6500 avant Jésus-Christ) mais on était loin de se douter que des hommes de notre ère, appartenant à l'époque moderne, ont habité des grottes autour de Bonifacio et particulièrement celle de la désormais célèbre Araguina.
Il y a quelques années, dans "Archéologia Corsa", François de Lanfranchi et Michel Claude Weiss publiaient une information assez curieuse consacrée à l'habitat sous roche...au Moyen-âge.
En effet, d'après les recherches, il apparaît que les abris sous roche, comme celui de l'Araguina-Senura (entrée de la ville) étaient occupés en permanence ou temporairement à cette époque (milieu ou fin du XV° siècle). La céramique découverte (poterie indigène de fabrication locale associée à une luxueuse céramique d'importation) permet de l'affirmer.
L'abri sous roche évoque généralement un état primitif. Celui de l'Araguina, on le sait, fut fréquenté par des populations du VI° millénaire avant notre ère.
L'emploi de la céramique d'importation trouvée en cet endroit prouve que des gens évolués (ils utilisaient le meilleur équipement technologique de leur temps écrivent les auteurs), préféraient ou étaient contraints de vivre dans cette caverne alors qu'en cette période bien précise (du XIII° au XV° siècles), Bonifacio était une cité très importante et prospère. Sa fonction militaire, politique, religieuse et économique, lui conféraient une place de choix en Corse, sinon la première.
"Dès lors comment expliquer qu'aux portes de la ville évoluaient des groupes humains dans des habitats archaïques, groupes humains dont le stade d'évolution, à en juger par les récipients dégagés, semble avoir été le même que celui des gens de la cité" s'interrogent Lanfranchi et Weiss.

La réponse dans les statuts de la ville?

Nous allons tenter, en ce qui nous concerne, de donner une première explication plausible à cette anomalie de l'époque.
Peut-être faut-il chercher la réponse dans les statuts de la ville de Bonifacio. En effet, à cette époque, n'entrait pas qui voulait dans la cité où les étrangers étaient filtrés, surveillés, comptabilisés, même si quelques entorses au règlement ont été constatés (les Bonifaciens aisés, n'hésitaient pas à faire entrer des Corses pour les servir; on sait aussi que pour les fixer, ils leur trouvaient même des femmes ou des maris!).
On peut penser que les groupes humains qui vivaient sous la grotte de l'Araguina au Moyen-âge étaient tout simplement des Corses de l'intérieur, bergers ou autres qui parvenaient, grâce à des échanges, à tirer de leurs activités un substantiel revenu qui leur permettait en tout cas d'avoir le même équipement matériel que celui des citadins. Les autres, non commerçants, attendaient de pouvoir entrer dans la ville (car le nombre des étrangers était réglementé) pour pouvoir y trouver un emploi. Rien d'étonnant à cela quand on pense que Bonifacio était à cette époque une véritable métropole active et prospère, tranchant avec l'état assez misérable du reste de l'île (mis à part deux ou trois cités comme Ajaccio, Bastia et Calvi) et en particulier de la Corse de l'intérieur.


La reproduction partielle ou totale de cet article doit impérativement mentionner le nom de son auteur: François CANONICI[/font]
# Posté le dimanche 20 janvier 2008 11:50
Modifié le vendredi 15 mai 2009 10:58

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