[Il y a quelques années la chronique locale du journal "la Corse" (Le Provençal) publiait chaque jour "un "billet d'humeur" de son responsable François Canonici. Nous vous proposons d'en lire ou d'en relire quelques-uns:
Elle vous tend les bras
Ces temps derniers, il faut reconnaître que les revues les plus prestigieuses parlent de la Corse avec beaucoup de pertinence. Bonifacio ( comment pourrait-il en être autrement ?) figure toujours en très bonne place et même, parfois, se taille... la part du lion.
Pourtant, dans ce concert de louanges, s'est glissé un petit grain de sable. En effet dans le commentaire d'une brochure, il est écrit "Bonifacio ne vous tend pas les bras" (c'est du moins l'impression ressentie par l'auteur) qui précise : "Dès que l'on franchit une porte en chicane, il y en a de suite une autre... on jette du verre pilé sur le trajet des pénitents pieds nus..."
L 'auteur de ces quelques lignes innocentes ignore-til donc que Bonifacio "malgré sa porte à chicane" accueille chaque année 800 000 visiteurs ? Et qu'elle est même, pour la fréquentation touristique, en tête de toutes les stations corses ?
Qu'en aurait-il été, mon Dieu, si la "cité des Falaises" "ouvrait tout grand ses bras" et supprimait ses portes à chicane?
Au fait, en parlant de portes, l'auteur, qui n'est sans doute jamais venu jusqu'ici, aurait pu se rendre compte qu'il en existe quatre (eh oui !) : la Porte de France, la Porte de Gênes, la "Porte du tunnel routier Saint Nicolas et même la ...Porticciola. Toutes ces portes sont largement ouvertes, y compris l'accès par le célèbre Escalier du Roi d'Aragon aux 187 marches taillées dans la roche qu'il pourrait également emprunter.
Et ce d'autant plus que, de nos jours, les Bonifaciens n'ont plus la fâcheuse habitude de jeter des pierres, de l'huile chaude ou du plomb fondu sur les "assaillants", ni même du verre pilé sous les pieds des pénitents de leurs cinq confréries..
Cela dit, il n'est pas dans nos intentions de chercher...chicane à quiconque. (7 juillet 1994)
Températures[/g]
Ceux qui, chaque jour, prennent connaissance des températures diffusées par certains médias seront surpris, à juste titre, de constater que, très souvent, il fait plus froid à Bonifacio...que dans certaines localités de montagne !
Qu'il y ait du vent chez nous, cela ne fait aucun doute, que ce même vent soit à l'origine d'un déficit enregistré par rapport à Porto-Vecchio par exemple (situé au fond d'un golfe de la côte Est) est encore une réalité, mais que la température de la ville la plus méridionale de France apparaisse trop souvent comme la plus basse de toutes les régions de l'île prête à sourire, et même à rire.
De plus, il semblerait que les températures diffusées sous le sigle Bonifacio soient celles de l'aéroport de Figari-Sud-Corse, à 20 kms de la ville.
Remarquez qu'il en est de même pour Ajaccio (Campo dell'oro) ou Bastia (Poretta).
D'ailleurs, si nous avons bonne mémoire, les Ajacciens avaient souhaité que les températuires de la cité impériale soient enregistrées place de l'Hôtel de Ville (bien abritée) et non à l'aéroport.
Cela dit, même si parfois les Bonifaciens peuvent se sentir quelque peu "lésés", nous ne pensons pas cependant qu'ils iront faire une poussée de... fièvre pour une simple question de...température en baisse ! (1993)
Du pétrole dans les "Bouches" ?
Ah ! ces Bouches de Bonifacio, en aura-t-on parlé ces dernières années ! (...) On les aime et on les défend.
On les défend tellement qu'on leur a enlevé la vedette de la Gendarmerie et celle de surveillance des Douanes !
On ne veut plus qu'elles "avalent" ni les pétroliers, ni les navires de marchandises, en attendant sans doute les bateaux de plaisance et, plus tard, qui sait? ceux des pêcheurs professionnels sous prétexte que le bruit des moteurs empêcheront les goélands argentés ou ceux d'Audouin, les puffins cendrés, les lézards verts, les rats noirs des îlots de l'archipel de vivre en paix.
Il serait vraiment curieux de voir comment on réagirait si une compagnie pétrolière prenait subitement au sérieux une étude, effectuée par Jean-Louis Dulumba directeur du département géographie de l'Université de Sao-Paulo au Brésil, selon laquelle du pétrole aurait d'énormes chances d'être découvert...à Bonifacio sous des couches sédimentaires situées dans la mer face aux Falaises !
Gare aux plates-formes pétrolières !
On voit d'ici le tableau. D'un côté les défenseurs de l'emploi (car la présence de pétrole en créerait beaucoup) et, de l'autre, ceux de l'Environnement, lesquels (et c'est leur rôle) déploieront la même énergie (non pétrolière) à lutter contre une éventuelle exploitation de l'or noir que celle dont ils firent preuve pour tenter d'interdire le passage des "Bouches" aux pétroliers.
Oui, si d'aventure un tel projet devait se réaliser, imaginons un instant combien serait cruel le dilemme pour ceux qui, à tous les niveaux auraient à choisir entre la création de plusieurs centaines d'emplois et la tranquillité des oiseaux marins.
Pour sûr, cela ferait des vagues dans les eaux (claires) du détroit... (6 février 1994)
[/font]Soyez reines !
Si on élit un peu partout, et à tout propos, des "reines de beauté", les moins...belles, pour ne pas dire les laides, n'avaient jamais jusqu'ici été honorées. C'est chose faite désormais. Non pas en Corse mais au Brésil où a été élue "Miss Laideur" face à 20 concurrentes pas du tout gâtées par la nature. La lauréate a reçu pour récompense ,non pas un beau chèque pour se refaire une beauté dans un institut spécialisé, mais une bicyclette... d'occasion. Sans freins et avec un pneu crevé !
Mais ce n'est pas tout : Cette victoire aura permis à l'heureuse élue, âgée de 26 ans, de trouver un mari qui en a, lui, 78 !
Cela dit beaucoup pensaient qu'en Corse la reine incontestée était la Vierge Marie (...) Incontestée ? Voir...Il n'est pour cela que de prendre connaissance dans la presse du nombre de reines et de miss qui prétendent la détrôner !
Et l'évêque de l'Eglise de Corse a beau faire appel à "la dignité de la femme et au respect du corps", nombreuses sont toujours les candidates prêtes à exhiber leur anatomie devant le public qui ne sait plus à quels saints (seins) se vouer et les yeux experts des jurys "qui les estiment comme du bétail en foire", dixit une de nos lectrices qui ajoute : "Et après on s'étonne que les femmes soient considérées comme des objets !"
Mais, comme l'écrivait Victor Hugo "Que c'est faible une reine et que c'est peu de chose ! "
N'empêche qu'il y a "Reine" et "reines".
Tous les catholiques vous le diront. Il y a Marie, Reine de la Corse "Reine du Ciel" dont le règne est universel et éternel, et les autres "reines" de pacotille, éphémères et fugitives.
Celles là ne brillent et ne vivent que l'espace...d'une nuit d'été. (21 août 1995)
"TOUT LE MONDE PEUT SE TROMPER ! "
L'affaire avait défrayé la chronique en 1987 de l'autre côté des "Bouches". A tel point qu'elle avait mobilisé les carabiniers et toute la presse italienne . Elle a même eu des retentissements ces derniers jours à Bonifacio. De quoi s'agit-il donc ?
Le 22 novembre 1987, un jeune coiffeur, Ottavio Pilo, âgé de 27 ans, originaire de Palau (Sardaigne) n'était plus revenu de sa partie de pêche. Près des rochers ,on avait retrouvé les cannes et les moulinets du jeune pêcheur. Les recherches entreprises furent vaines. On pensa même que le disparu était parti pour s'engager dans...la Légion étrangère.
Les mois passèrent. La mer ne rendait toujours pas le corps. Les parents du jeune homme continuaient à penser que leur fils était vivant quelque part en Sardaigne ou en Corse... Et puis voilà que sept mois après la disparition, des pêcheurs professionnels sardes ramènent dans leurs filets une montre qui appartenait à Ottavio Pilo.
A présent le doute n'était plus permis, Ottavio s'était noyé. Mais où était donc le corps ? Les parents auraient tellement voulu le retrouver afin de lui donner une sépulture et pour avoir enfin la certitude de sa mort.
C'est à ce moment là qu'entre en scène un curieux personnage. C'est un ermite qui vit à l'île Spargi, dans l'archipel de la Maddalena, un amas de rochers battu par les vents. Il se nomme Giovani Catogno et se dit "comte de Spargi". Il avait confié à un pêcheur que lui savait où était le corps d'Ottavio : "Ce sont les esprits qui m'ont indiqué l'endroit exact...".
Et de décrire avec une infinie précision la côte bonifacienne et plus particulièrement "une grotte noire" de la pointe de Saint Antoine, près de Pertusato. C'est là que le corps venu de Sardaigne avait été projeté, dans le "bucco nero" et n'en était plus ressorti.
le plus extraordinaire, dans cette affaire, est que tout le monde ait marché y compris les autoriités.
Famille, amis et le "comte de Spargi" s'en viennent donc à Bonifacio.La gendarmerie locale, prévenue par les carabiniers italiens prête main forte et on met même le canot de sauvetage à la disposition des chercheurs, plus des fonctionnaires et un hélicoptère !
On se porte sur les lieux indiqués par le visionnaire. L'ermite pénètre d'abord dans la grotte l'Orca". Il se jette à terre, les bras en croix, prononçant des paroles inintelligibles. Certaines d'entre elles sont cependant perçues par l'entourage :"Je le sens, le corps d'Ottavio est là ! ". Puis, se ravisant et voyant un trou (le fameux "bucco nero") dans la roche, il demande une lampe électrique: "J'en suis certain, à mille pour mille, il est là ! "
Mais, après plusieurs heures de recherches sur deux kilomètres de côtes et alors que les participants commençaient à douter et à rechigner, le "comte de Spargi" devait reconnaître que ses recherches étaient demeurées infructueuses.
Alors, face à l'assistance qui l'observait en silence, il déclara, les bras en croix : "Tout le monde peut se tromper ! ".
Et les esprits aussi.
Surtout lorsqu'ils ne sont pas aussi malins qu'on le pense.
François CANONICI (parution en juin 1988)
