Par dizaines, les ânes rentraient tous les soirs avec leurs cavaliers dans l'enceinte de la vieille ville et l'on pouvait assister à une lente et silencieuse "procession" gravissant la grimpette Saint Roch.
En 1770, les autorités françaises avaient exigé un recensement de tous les ânes de la commune. Sur 317 , seuls 4 avaient été déclarés ainsi qu'un seul cheval et un mulet sur 80 ! Leurs maîtres voulaient ainsi se soustraire au nouvel impôt qui taxait chaque animal.
L'utilité de l'âne, sa docilité (quoi qu'on en dise), sa robustesse, sa sobriété sont des qualités reconnues. Pourtant, il semble bien que l'on ait toujours exagéré ses défauts et l'âne a souvent été l'objet de dérision, de plaisanteries désobligeantes.
D'ailleurs, de nombreux proverbes et dictons le prouvent. Les hommes ont toujours été injustes envers ce brave animal. Heureusement, à Bonifacio, vers la fin du XX° siècle ,on lui a consacré une chanson (nous pouvons la fournir en langue bonifacienne avec sa traduction en langue française de même que les proverbes)
Aujourd'hui, il ne reste pratiquement plus d'ânes dans le secteur de Bonifacio. L'image de ce sympathique et attachant animal n'appartient plus qu'au passé.dont une page est définitivement tournée...Comme tant d'autres hélas ![size=14px]
"E Mortu l'Asetu"
Cette chanson écrite au début du XX° siècle, par Sylvestre (ou Sylvain) Scamaroni, dit "Badinguet", aurait bénéficié de la participation d'autres personnes et notamment de jeunes étudiants bonifaciens de Nice. Au début du XX° siècle, une pièce de théâtre, sans doute tirée de cette chanson, fut jouée sur la scène à Bonifacio où, pour l'occasion, l'on avait fait monter un âne !
E mortu l'asettu
Di u barba Pitrin
E mortu u firiu
Di u stécu in anta o spin
E mortu l'asetu
A tiraiu u gambin
A tiraiu u pétu
O ru poviru murigin
1
Sun, un poviru disgraziaiu
Nun so ciü comu faro
Murigin si n'è andaiu
Mai ciü n'un puro
Rimpiaza quela bestià
Di tantu qualitià
Che a mari di a Natüra
Gh'aveva püssuiu dà (au refrain)
2
Mi purtava in campagna
Tütu mundu ru sà
Sachéti e bariloti
E feri da tsapà
A sera cargu, intrava,
D'invernu commu d'està
Di ciachiri e di legni
Mi ri purtava in cà. (au refrain)
3
Mi serviva di rilioru
E di réveille-matin,
Tüti métini, a listess'ura
Mi cantava u se refrain.
Cantava a mizu giurnu
A séra pè intrà
R'amavu vi ru züru
Comu fussi un viru frà. (au refrain)
4
Quand'andavu in Sant'Amanza
Ru cargavu di mirun
Rivignivu in Bunifazziu
Ri vindivu un patacun
Aveva u se matragiu
Comu quelu di u campanun
Quandu vidéva l'asinina
Ru purtava a sbandagiun. (au refrain)
5
Aveva i se difeti
Aveva i sé vertü
Si mangiava a bascira
E stripava u Baja cü
R'ho suteraiu o pia di u figu
Interau l'atru metin
Tüti giurni ghi digu
Requiem aeterna Murigin. (au refrain)
1. Je suis un pauvre malheureux / Je ne sais plus comment faire / Murigin s'en est allé / Jamais plus je ne pourrai / remplacer cette bête / De si grandes qualités / Que Mère Nature avait pu lui donner. (au refrain)
2. Il transportait pour moi à la campagne / Chacun peut en témoigner / Ballots et tonnelets / et les outils pour le travail champêtre / Le soir il revenait chargé / Eté comme hiver / de souches et de bûches / Qu'il charriait jusqu'à la maison. (au refrain)
3. Il faisait office d'horloge / Et de réveille-matin / Tous les matins à la même heure / Il me chantait son refrain / Il chantait à Midi / Et le soir pour rentrer / Je l'aimais, je vous le jure / Comme si c'était un véritable frère. (au refrain)
4. Lorsque j'allais à Sant'Amanza / Je le chargeais de melons / je revenais à Bonifacio/ pour les vendre un sou l'unité / Il avait un sexe / Comme le battant d'une grosse cloche / Quand il voyait l'ânesse / Il le portait à ras de terre. (au refrain)
5. Il avait ses défauts / mais aussi des qualités / Il mangeait la couverture / Et rongeait le culeron / Je l'ai enseveli au pied du figuier / Enterré hier matin / Tous les jours je lui dis / Requiem eterna Murigin. (Au refrain)
Histoire ... d'en rire
Une question ...braiment idiote comme en posent parfois les touristes :
Deux "Parisiens " un peu hilares, s'adressent à "La Mélie "qui attend le client sur le pas de son magasin :
Réponse de Mélie qui apprécie très peu l'ironie condescendante contenue dans la question :
- Vous savez, si j'en juge par ce que je vois, des ânes , à Bonifacio, il en passe beaucoup plus qu'il en reste !
Elle aurait pu ajouter:
Mais, ceux-là, ils n'ont que deux pattes...